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Les chemins de fer de France comportent des trajets qui offrent de vertigineux panoramas. Et les places aux fenêtres sont souvent prisées.

Dans l’Église, nous avons besoin de voies qui ouvrent sur le large. Et le regard fixé sur l’horizon ne peut que favoriser l’ouverture d’esprit et de coeur. Heureux ceux qui visent à avoir une vision globale de l’existence. Il en est du cheminement de la foi comme d’un voyage en train : souvent, tunnel et vue sur la nature se suivent immédiatement. Et fixant les rails sur une certaine distance, on ne voit qu’une seule ligne. Ainsi doit-il en être avec la vie religieuse. Elle donne de voir au loin… L’Esprit Saint qui a pris chair de la Vierge Marie prépare toujours les âmes qui l’accueillent à une audacieuse aventure de l’esprit. Il est l’agence de voyage qui organise cette échappée vers le large. Et je le vois à l’oeuvre durant la préparation au pèlerinage que nous vivrons fin juillet à Lourdes. Au-delà du programme général, il y aura des rencontres individuelles ; elles sont vitales car elles nous donnent de nous remplir de la présence de l’autre et découvrir un autre univers que le sien et ainsi de faire l’expérience du vivre-ensemble. Certes, ce vivre-ensemble n’est pas exempt de problèmes.

On peut dire que le Seigneur posa les rails du vivre-ensemble des siens lorsque s’ébranla le train Espérance. La veille de sa mort, il priait ainsi : « Père, que tous soient un, comme toi et moi, nous sommes un. » Non seulement il savait qui allait le livrer, mais en plus il avait saisi les ambitions secrètes des apôtres, leurs prétentions cachées… Et c’est parce qu’il savait que l’usage pervers de l’autorité et du pouvoir, tout comme l’égoïsme et l’entêtement, mettaient en péril les voies de l’unité, qu’il se leva de table pour laver les pieds de ses disciples à la manière de l’esclave. 

L’expérience du vivre-ensemble est également décisive pour le moral des voyageurs dans l’express ecclésial qui roule vers l’avenir. Vous ne pouvez savoir combien les comptes-rendus des rencontres régionales, les événements qui vous donnent de vous retrouver, me procurent une belle joie spirituelle et humaine. Cette vie fraternelle concrètement expérimentée lors de chacun de nos pèlerinages est une donnée fondamentale pour le moral des voyageurs dans l’express ecclésial. Cette vie fraternelle crée un confort pour le voyageur : lorsqu’une telle ambiance s’établit, on se sent bien. Aussi, je ne doute pas un instant de la qualité du prochain pèlerinage à Lourdes… L’expérience du vivreensemble se vit dans le Conseil qui accompagne notre présidente dans sa mission, dans l’engagement de celles et ceux qui veulent faire vivre notre hospitalité. Un souffle communautaire inspire les hospitaliers qui se dévouent auprès des malades et des personnes à mobilité réduite ; il inspire également nos musiciens qui veillent à préparer les liturgies prévues durant notre pèlerinage.

Pour en rester à la métaphore ferroviaire, disons que notre express ecclésial comporte un wagon-restaurant où se retrouvent des voyageurs de toutes les voitures et de toutes les classes : c’est la célébration de l’eucharistie. Dans le train « Espérance » comme dans les autres trains, on entend régulièrement cette annonce : « Au milieu du train se trouve un wagon-restaurant où nous nous faisons un plaisir de vous accueillir. » Ce wagon est le lieu décisif de notre vivre-ensemble depuis le jour où Jésus, la veille de sa mort, prit du pain, le rompit en disant : « Ceci est mon corps livré pour vous. » C’est la raison pour laquelle ce wagon-restaurant ne devra jamais disparaître des trains qui sont en route vers Dieu.

Dans le train « Espérance » mis sur les rails par Jésus, nous sommes certains d’arriver à la bonne gare. Ce train ne finira pas au musée des trains à Mulhouse. Pour autant, il n’est garanti ni contre les retards, ni contre les défaillances, ni contre les occasions manquées. L’avenir du vivre-ensemble chrétien est entre les mains de chaque pèlerin de l’espérance qui se rendra à Lourdes. La conscience de ce fait nous pousse à prier pour que le coeur de chacun soit suffisamment ouvert, dès le premier jour de notre pèlerinage, pour qu’advienne le ciel sur la terre.

Pèlerin de l’espérance avec vous, j’ai opté de faire le voyage de fin d’année en reprenant la bulle d’indiction de l’Année Sainte 2025, Spes non confundit, du 9 mai 2024. Je l’ai trouvée stimulante et réaliste, et en plus, elle ouvre l’horizon.

En écho au 500e anniversaire des apparitions de Notre-Dame de Guadalupe au Mexique, le pape François souligne que la Mère de Dieu y faisait parvenir un message d’espérance révolutionnaire qu’elle répète encore aujourd’hui à tous les pèlerins et aux fidèles : « Ne suis-je pas ici, moi qui suis ta mère ? » et souhaite qu'un message similaire soit imprimé dans les coeurs de nombre de sanctuaires mariaux à travers le mondedestinations d’innombrables pèlerins qui confient àla Mère de Dieu leurs inquiétudes, leurs peines et leurs espérances. Afin que tous, en particulier ceux qui souffrent et sont affligés, puissent faire l’expérience de la proximité de la plus affectueuse des mamans qui n’abandonne jamais ses enfants, elle qui est pour le saint Peuple de Dieu « un signe d’espérance assurée et de consolation ». (n° 24)

Plus haut dans le document, le Pape insiste pour que nous soyons « des signes tangibles d’espérance pour de nombreux frères et soeurs qui vivent dans des conditions de détresse. » Il en dresse une liste : les détenus, les personnes malades ou handicapées, les jeunes, les migrants, les plus faibles, les personnes âgées, les grands-parents et les pauvres… (n° 10-15)

Au paragraphe « Ancrés dans l’espérance » (n° 18-24), le Pape interroge : quel est le fondement de notre espérance ? Et il ajoute : pour le comprendre, il est bon de s’arrêter sur les raisons de notre espérance (cf. 1 P 3, 15). Il en liste là aussi quelques lignes forces : la vie éternelle (n° 19), la Résurrection (n° 10), la vie nouvelle des baptisés, le jugement (n° 22) et le sacrement de pénitence ou la réconciliation sacramentelle et l’indulgence (n° 23) en rappelant que l’accueil par les prêtres, confesseurs et missionnaires de la miséricorde, soit vraiment miséricordieux parce qu'une telle expérience de pardon ne peut qu’ouvrir le coeur et l’esprit à pardonner. Pardonner ne change pas le passé et ne peut modifier ce qui s’est déjà passé. Mais le pardon permet de changer l’avenir et de vivre différemment, sans rancune, sans ressentiment et sans vengeance. L’avenir éclairé par le pardon permet de lire le passé avec des yeux différents, plus sereins, même s’ils sont encore embués de larmes. (n° 23)

Gageons que notre pèlerinage à Lourdes nous donne de nous ancrer dans l’espérance, « l’espérance qui ne passe pas, l’espérance qui est en Dieu. Qu’il nous aide aussi à retrouver la confiance nécessaire dans l’Église comme dans la société, dans les relations interpersonnelles, dans les relations internationales, dans la promotion de la dignité de toute personne et dans le respect de la création. Que notre témoignage de foi soit dans le monde un ferment d’espérance authentique, une annonce des cieux nouveaux et de la terre nouvelle (cf. 2 P 3, 13) où nous habiterons dans la justice et la concorde entre les peuples, tendus vers l’accomplissement de la promesse du Seigneur.

Laissons-nous dès aujourd’hui attirer par l’espérance et faisons en sorte qu’elle devienne contagieuse à travers nous, pour ceux qui la désirent. Puisse notre vie leur dire : « Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur » (Ps 27, 14). Puisse la force de l’espérance remplir notre présent, dans l’attente confiante du retour du Seigneur Jésus-Christ, à qui reviennent la louange et la gloire, maintenant et pour les siècles à venir. » (n° 25)

Bonne et sainte Année 2025, chers pèlerins d’espérance ! Puisse 2025 être une véritable année de grâces pour chacun de ceux qui liront ces quelques lignes, une année de bienfaits et de bénédictions. Je le souhaite ardemment et confie mes voeux à l’enfant Jésus, Dieu au milieu de nous !

Votre aumônier, Patrick Koehler

 

(article paru dans Notre Dame de la Voie n° 191 de janvier 2025)

  

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